Sacrée soit la Terre

Sacrée soit la Terre

7 septembre 2018 2 Par Guillaume

Vous l’aurez compris le Paraguay nous aura beaucoup plu ; si tant est que nous y avons fait une nouvelle étape pour profiter de ses 35° hivernaux, du farniente et de la sympathie de nos hôtes suisse-allemands… avec leur petit atelier de pasta dans leur garage : extra !

 

Nous profiterons d’un apéritif autour du feu pour échanger sur nos 2 passions que sont le vin et la gastronomie. A l’évocation des chasselas des coteaux du Lavaux, que mes études à Lausanne m’ont permis de découvrir, les Suisses ont une pointe de nostalgie : « et la petite Arvine, tu connais ? »

Notre quête se poursuit à l’occident, là où la vigne prend racine et nous prenons donc la route pour le Gran Chaco, une plaine désertique du nord de l’Argentine. Ce no man’s land nous demandera 2 jours d’une interminable ligne droite de 800km… Pas un virage, pas un village, ça et là des maisons de terre sans toit, sans eau, des cochons, des décharges sauvages ponctuent le bas-côté. Quelques restes d’animaux régalent des vautours et une station service au milieu de nulle part se fait oasis… un décor tout droit sorti des plus sombres films de Tarantino qui nous rappelle combien l’Argentine a de nombreux visages.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quiconque a déjà eu la chance de traverser l’ouest américain, l’Islande ou sans doute l’Australie sait combien la route, elle, cristallise un formidable paradoxe entre le tout qu’elle rapproche et la vacuité des territoires qu’elle traverse. Ce long ruban de bitume, vertigineusement monotone, nous éloigne du pays de l’eau, des grands fleuves, des forêts amazoniennes pour nous conduire vers les Andes et la « Pachamama » : la Déesse Terre. Soudain, après 2 jours de traversée, apparait une ville entourée de champs. On y devine des vignes au sud, de l’agitation et les premoers sommets se dessinent à l’horizon.

 

 

Ce piémont de l’extrême nord Argentin qui s’étend de Salta à Juy Juy est la région viticole la plus au nord de l’Argentine… et la plus haute du monde. On y cultive nombreux cépages dont le Torontes et le Pinot Noir qui, jusqu’à 3100m d’altitude, font des merveilles. Imaginez un domaine viticole à Val Thorens ! Un suisse, il y a 20 ans, a eu l’idée d’installer son domaine à Colomé, 2300 mètres, et a ainsi ouvert la région à des vins plus subtils. Cette étape nous a donné de gouter les meilleurs vins depuis notre arrivée… les rouges ont toujours cette matière et ce fruit propre au vins sud-américains mais ici ils gagnent en fraîcheur, une délicate acidité qui leur confère profondeur et tension. Le torontes lui, séduit par une attaque de fabuleuses notes de fruits jaunes, pèches, qui tirent vers le muscaté… a mi-chemin entre un riesling de Turkeim et un viogner du Pays d’Oc, le sucre ne domine pas et l’ensemble, vif, et se finit par une discrète minéralité.

 

 

 

Ici c’est l’hiver, pas idéal pour arpenter le vignoble… nous reviendrons en novembre, au printemps, pour descendre cette route des vins du nord au sud depuis la Bolivie. Nous poursuivons donc vers le Chili, pour mieux comprendre cette histoire et cette culture… vous me suivez ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette traversée horizontale de l’Amérique du Sud nous nous apprêtons à franchir les Andes pour gagner la côte pacifique et remonter vers le nord. A mesure que nous prenons de la hauteur la terre s’impose à nous : les montagnes aux sommets doux se parent de stries colorées (14 !), le ciel nous inonde d’un bleu indigo, la végétation s’efface. Somptueux ! Cactus, petits villages d’adobe ocre et marchands Quechuas aux étales généreuses nous accueillent en terres Incas. Il y a plus de 500 ans cette civilisation vouaient à la Terre un tel culte que tout était en harmonie avec la nature. Aujourd’hui disparue, son héritage n’a été que partiellement découvert et il nous tardent d’en savoir plus : astronomes, marchands et agriculteurs de génie, ils avaient su adapter leur mode de vie à leur environnement inhospitalier.

 

Cerro des los 14 colores, Humahuaca / Colorados, Purmamarca

Dernière effort, et pas des moindres, la cordillère… acclimatés à 2400 mètres nous entamons un premier tronçon de lacets qui nous conduit à 4170m. S’ensuit une traversée en apesanteur à travers un salar d’un blanc immaculé ; progressivement l’environnement devient lunaire et après 200km nous voici, au milieu de nulle part, à la frontière Chilienne, 4200m. Paperasse et fouille en règle, interdiction formelle d’importer fruit, légume et tout aliment d’origine animale… on s’interroge sur cette disposition hautement protectrice ou protectionniste ? La route serpente enfin sur le flan d’un voclan à 4810 avant de plonger sur le plateau étoilé d’Atacama, au Chili… une voyage magique, une chance.

 

 

 

Une chance que Vincent, notre parrain, connait déjà. Une chance, si photogénique, que notre ami Cyril s’y perdrait. Une chance, enfin, que notre véhicule, préparé par les bons soins de l’atelier de Carl, du groupe Orlandi, ait pu gravir ces 5000 mètres !

 

 

Cette étape, peu oenophile, nous apprend néanmoins sur cette géologie accidentée, volcanique, aux terres si fertiles et au climat si solaire. Elle nous dévoile également un nouveau visages de ce continent et nous entamons avec plaisir ce chapitre montagneux, celui du terroir. Au prochain épisode nous remontrons en zone aride, à la source du Pisco, entre Chili et Pérou, sur les traces des agriculteurs Incas… 

 

 

 Je marche dans un pays inconnu, vers un but invisible, et je prendrai conseil de tout ce qui s’offrira sur ma route. 
Stanislas de Boufflers